M. Antonio Monteiro


« Pour une Initiative Tricontinentale Atlantique »
-Skhirat-
29-30 mai 2009



1. Je salue l’initiative du Haut Commissariat au Plan marocain et je suis pleinement d’accord avec ses objectifs qui visent à faciliter le dialogue exigé par la crise mondiale en ce qui concerne la gouvernance globale. Face aux défis et menaces actuels et aux besoins de consensus pour redéfinir et réadapter les règles qui président aux rapports internationaux, le rapprochement entre régions qui partagent des intérêts, des traditions et un espace maritime (l’Atlantique) constitue une valeur ajoutée. La note de présentation de cette conférence le dit très bien : une gouvernance globale maitrisée gagne(rait) à se nourrir d’expériences régionales diversifiées.

2. La nouveauté de cette proposition vise l’extension du dialogue Transatlantique, réduit souvent, dans le passé, aux relations entre l’Europe et les Etats-Unis. En réalité, le concept encadrait surtout le pilier de la sécurité transatlantique, représenté par l’OTAN. L’évolution mondiale n’a pas diminué l’importance de l’Alliance, mais a imposé une approche différente de la question. La dilution de la différence entre le Nord et le Sud, due à l’affirmation progressive des puissances émergentes et l’interconnexion évidente entre développement et sécurité, nous conseillent d’envisager des nouvelles formules de coopération basées sur des intérêts communs en rapport avec des nouveaux concepts géographiques.

3. La coopération tricontinentale doit évidemment tenir compte des dynamiques d’intégration de chacun des continents concernés : Europe, Afrique, Amériques. Il ne s’agit pas d’isoler ou d’éloigner les Etats Atlantiques des processus d’intégration régionale en cours, mais d’exploiter un espace où des affinités pourraient faciliter l’adaptation du système international aux réalités du temps présent.

4. Des initiatives de rapprochement, comme celui qu’on souhaiterait pour l’Atlantique dans son intégralité, faciliteraient aussi le dialogue dans d’autres « fora » internationaux. Surtout quand on attend des résultats concrets. Nous sommes tous d’accord que le G-20 constitue un saut qualitatif dans l’espoir d’arriver à une régulation plus juste du système global. Mais les pays et les institutions qui intègrent ce groupe élargi, ou d’autres qui soient encore établis, bénéficieraient sûrement des apports issus des ententes interrégionales qui puissent faciliter la concertation des positions.

5. Par son expérience, y compris de ce que l’on appelle la première globalisation des XVème et XVIème siècles, le Portugal a regardé depuis longtemps l’Atlantique Sud comme un espace de continuité de ses alliances au Nord : l’OTAN et l’U.E. Pendant les années 90, il s’est engagé dans la création de la CPLP, devenue possible parce que des pays comme le Brésil, l’Angola ou le Cap-Vert ont partagé la conviction que cette coopération Transatlantique contribue à l’affirmation de ses capacités nationales et de son rôle international.

Encore, dans les années 90, le Portugal a prôné le changement du paradigme des relations entre l’U.E et l’Atlantique en proposant la réalisation des sommets entre les deux continents (et en défendant le rôle essentiel du Maroc dans ce cadre). Aussi, il contribué avec l’Espagne au renforcement de la communauté Ibéro-Américaine.

6. Je suis convaincu que les passerelles ouvertes par la dynamisation des relations tricontinentales pourront offrir de nouvelles opportunités aux pays riverains :

a. Elles peuvent s’avérer déterminantes en ce qui concerne le dialogue interculturel et interreligieux ;

b. Elles seront certainement à la base de projets concrets de coopération atlantique, tout en facilitant la création de flux d’investissement et de commerce entre les trois zones géographiques (des pays comme le Cap-Vert ou Sao-Tomé sont prêts à profiter des voies ouvertes pour ce type de flux économiques) ;

c. Elles offriront, aussi, des garanties d’une meilleure coordination, coopération et même compréhension dans des domaines sensibles pour la paix et la sécurité de toute la région Atlantique : des initiatives plutôt bilatérales, comme l’AFRICOM ou plutôt multilatérales, comme le partenariat avec l’Europe pour le développement de l’Architecture de Paix et de Sécurité Africaine (APSA), gagneront beaucoup avec le climat de confiance que l’institutionnalisation de la Tricontinentale peut proportionner ;

d. Elles permettront encore la gestion conjointe des problèmes qui touchent et qui engagent tous les côtés du Triangle et qui font aussi partie de l’agenda global : les questions de l’environnement et du changement climatique, le trafic de drogue et la criminalité organisée, les trafics d’armes et d’êtres humains, la lutte contre les pandémies ;

e. Simultanément, elles offrent des perspectives innovantes sur des sujets comme la prévention et, en renforçant la coopération entre les Etats de l’Atlantique, elles encourageront aussi des contacts plus fréquents et étroits au niveau des citoyens et de la société civile en général.

Pour conclure, une brève note :

Dans quelques jours, plusieurs Ministres des Affaires Etrangères des pays participants à ce Forum se réuniront à Lanzarote pour discuter une Initiative Atlantique Sud. Sur la table, ils auront beaucoup de thèmes que l’on a traités ici et sur lesquels ont été avancées des suggestions et même des propositions concrètes. Ces idées pourront constituer un outil utile à la disposition de nos gouvernements pour les aider à tracer des voies plus efficaces visant à transformer l’Atlantique en une véritable zone de coopération et de solidarité.