M. Hédi Baccouche




Permettez moi, tout d’abord, d’exprimer le plaisir que j’éprouve en participant aux travaux de votre Forum International.

Je remercie le Haut Commissaire au Plan et à sa tête le Ministre militant Ahmed Lahlimi Alami qui m’a donné cette possibilité et je le remercie pour l’occasion qu’il m’a offerte de venir au Maroc, une seconde patrie pour les Tunisiens, et le prie, de transmettre à sa Majesté le Roi Mohamed VI, l’expression de la haute considération du Président de la Tunisie Zine Abidine Ben Ali.

Je sympathise avec les efforts qu’il mène avec une élite du Maroc et de plusieurs pays, chaque année, en vue de prospecter l’avenir, de le comprendre, de saisir ses lignes de force, s’y préparer et définir des plans et des programmes d’action. Je le félicite également pour les efforts menés pour évaluer la crise, d’une ampleur jamais égalée, qui secoue actuellement le monde et examiner ses répercussions immédiates et lointaines sur nos différents pays. Ce sont des efforts louables et méritoires d’autant plus qu’ils ne se déroulent pas en vase clos, entre experts nationaux. Des compétences reconnues du monde entier y participent activement, donnant leurs points de vue et présentant leurs projections.

S’agissant de l’Atlantique, la Tunisie mon pays, n’a pas d’ouverture directe sur l’Atlantique. Elle y accède par la Méditerranée. Elle n’a qu’une fenêtre sur l’océan.

De ce fait, et conte tenu de l’éloignement géographique, les échanges avec les Amériques restent limités, sauf un peu les USA le Canada et la Brésil.

Par contre, le Maroc, par sa position géographique exceptionnelle, par son ouverture politique et par on dynamisme économique, est bien placé pour être considéré comme puissance atlantique. Malheureusement, il est actuellement, comme les autres pays de la région, tous les autres pays de la région, victime de la division du Maghreb. Son épanouissement est ainsi limité et son essor retenu.

Certes le Maroc, Etat-Nation séculaire, au passé rayonnant, peut se développer seul, par ses propres moyens. Mais pour connaître un épanouissement véritable, devenir un partenaire de poids dans le concert des pays avancés, tirer profit de sa position géostratégique, il devait être institutionnellement adossé à ses voisins proches et construire un Maghreb uni.

Soixante ans après leur indépendance, les pays maghrébins n’ont pas encore réussi à réaliser un Maghreb uni.

Malgré le coût élevé du Non-Maghreb qui limite notre taux de croissance, décourage les investissements étrangers tant nécessaires aggrave les problèmes de chômage, surtout parmi les jeunes diplômés, malgré tout cela, les Maghrébins ne se décident pas encore à s’engager résolument dans un processus d’intégration.

Nos indépendances restent fragiles tant que nous restons désunis. Avec la non réalisation de l’unité, le combat que nous avons mené pour la libération s’est arrêté à mi-chemin.
Malgré le fait que nos peuples souffrent d’un manque de projet mobilisateur, et de l’absence d’un rêve, ils continuent à ne pas bouger.

Il est vrai qu’il y’a des querelles entre nous mais les querelles entre frères, surtout dans nos traditions, sont souvent plus vivaces qu’entre des parties non particulièrement proches.
Ce sont des querelles nées de vexations, de malentendus, et de faux calculs.
Elles ont donné lieu hier et aujourd’hui à des tensions et à des escarmouches armées ; elles ont éloigné les peuples les uns des autres et les ont séparés.

Elles ont touché, pour les uns, à l’unité du pays, à son intégrité et à sa souveraineté. Avec le temps, elles sont devenues, pour les autres, un problème de principe. Pourtant, l’intérêt supérieur des uns et des autres, le sens de la responsabilité et la fraternité nous appellent au dialogue, au dépassement et à la réconciliation. Un peu de courage, et ces querelles peuvent se réduire, voire disparaître.
Un rien entre les frères fait naître les plus graves querelles. Un rien également peut y mettre fin. On peut déjà affirmer que jusque là, malgré les tensions et les crises, nos dirigeants ont maîtrisé la situation, évité le pire et n’ont pas commis l’irréparable. Personne, maintenant, ne songe en effet sérieusement à conflit armé. La porte de la réconciliation reste ainsi toujours ouverte, malgré les anomalies, les excès et les souffrances.

En disant cela, je fais une profession de foi optimiste. C’est ma conviction intime. Je le fais peut être parce que je fais partie des générations qui ont milité ensemble dans tous nos pays pour l’indépendance dans un esprit nord-africain. L’Istiqlal, le PPA puis le FLN, et le Destour n’ont-ils pas été des partis frères solidaires ? Messali Hadj, Allal Fassi et Bourguiba n’étaient-ils pas pendant de longues années nos références patriotiques ?

Peut-être aussi, du fait des responsabilités que nous avons assumées, de l’expérience que nous avons acquise, nous réalisons l’ampleur et la gravité des dégâts causés par notre désunion.
Mais je pense que nos jeunes cadres qui assument actuellement les responsabilités du pouvoir, qui dirigent nos affaires, au vu des dossiers qui leur sont soumis, ne peuvent parce qu’ils sont patriotes et bien formés – que choisir les solutions unitaires. C’est une question de bonne gouvernance.
En attendant, maintenons notre rêve. Tâchons de l’insérer dans nos plans de développement, de lui donner une priorité dans notre réflexion et lui accorder la place qu’il faut dans le futur que nous cherchons à préparer.

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